Lutte contre le racisme et l’antisémitisme

Plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme - Réponse de M. Édouard Philippe, Premier ministre, à une question au gouvernement à l’Assemblée nationale (Paris, 21/03/2018)

Madame la Députée, lundi matin, accompagné de huit ministres, j’ai présenté le plan qui doit nous permettre d’obtenir des résultats en matière de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Vous l’avez évoqué : ces propos, ces attitudes, ces actes dirigés contre des Françaises, des Français, en raison de leurs origines, de la couleur de leur peau, de leur religion sont parfaitement inacceptables.

Nous voulons donc agir dans tous les domaines où le combat est nécessaire. J’insiste sur ce mot de « combat », car il s’agit bien d’un combat toujours recommencé. Il n’est pas récent. Il est ancien et il durera. L’essentiel, c’est de le livrer, d’aider les combattants à le faire, de leur donner de bons instruments, c’est-à-dire les armes et les moyens d’obtenir des résultats.

Je n’énumérerai pas l’ensemble des mesures, mais nous avons voulu concevoir ce plan dans quatre domaines principaux.

Le sport, d’abord, car nous voyons bien qu’il y a là une nouvelle frontière dans les clubs, sur les terrains, où il existe un combat à mener pour éviter soit la radicalisation, soit l’expression de préjugés ou d’opinions délictueuses en matière de racisme ou d’antisémitisme.

L’accompagnement des victimes, ensuite : il est absolument essentiel qu’il soit plus facile de porter plainte. Nous connaissons tous les statistiques. Nous savons tous qu’elles sont biaisées, pour une raison simple : beaucoup de victimes d’actes, d’injures, d’insultes ne portent pas plainte. Nous devons les encourager à le faire, car mesurer le phénomène, engager des poursuites est indispensable pour obtenir des résultats. Pour cela, il faut que les plaintes soient mieux enregistrées, plus simples à enregistrer et qu’on y mentionne plus facilement le caractère antisémite ou raciste de l’acte qui, le cas échéant, sera poursuivi.

L’école, en troisième lieu. Bien entendu, le combat se joue, s’est toujours joué à l’école. J’ai eu l’occasion de rappeler lundi que si cette belle expression dans laquelle nous nous retrouvons tous, « les hussards noirs de la République », est une métaphore guerrière, ce n’est pas par hasard. En 1870, à la fin du XIXe siècle, lutter contre les préjugés, contre l’obscurantisme était évidemment un combat. Et c’était évidemment un combat violent.

C’est toujours le cas, madame la députée. En 2018, c’est toujours un combat violent. C’est toujours un combat violent de dire ce qui s’est passé dans notre histoire. C’est un combat violent, parfois, dans certains quartiers, d’enseigner ce qu’a été la Shoah. Dans ce combat, il faut accompagner les professeurs, accompagner ceux qui ne doivent pas céder à la pression, à la tentation d’édulcorer parfois ou de renoncer à enseigner ce qu’est notre histoire.

Internet est le dernier domaine dans lequel nous voulons intervenir. Vous l’avez évoqué : les réseaux sociaux, qui sont parfois les instruments de communication du meilleur, sont aussi parfois les réceptacles du pire.

Pour lutter contre cela, nous devons modifier le droit, car rien de ce qui est publié, rien de ce qui est diffusé en France ne peut s’exonérer des lois de la République.

Je ne me résous pas à cet anonymat, à ce statut qui permet aux hébergeurs de s’exonérer de toute responsabilité sur ce qui est diffusé grâce à eux. Nous ne devons pas nous résigner. Le président de la République l’a dit : nous devons convaincre, d’abord, mais aussi imposer, en vérité, à ces réseaux sociaux, à ces hébergeurs, de retirer sans délai toutes les mentions contraires à la loi. C’est indispensable.

Peut-on admettre que certains réseaux sociaux, qui réussissent à enlever très rapidement des contenus contraires à des lois commerciales, n’y arrivent pas quand il s’agit d’atteintes à la dignité de la personne ou d’atteintes fondamentales aux droits de la République ? Il n’en est pas question.

C’est la raison pour laquelle nous voulons avancer dans le droit national. Nous voulons aussi que le droit communautaire prenne en compte cette exigence. Là encore, nous allons livrer un combat. Je suis convaincu qu’entre le statut d’éditeur, très contraignant en matière de responsabilité pénale, et celui d’hébergeur, qui l’est très peu, il existe une voie médiane, qui permettra de lutter efficacement contre ce torrent de boue raciste et antisémite que l’on trouve trop souvent sur internet./.

(Source : site Internet de l’Assemblée nationale)

Discours du Premier Ministre lors de la présentation du Plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme

Dernière modification : 23/03/2018

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