Le Secrétaire d’Etat du Saint-Siège au sommet sur le climat des Nations Unis

S’exprimant lors du sommet sur le climat des Nations Unies le 23 septembre à New York, le Secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, appelle à un véritable « changement culturel » vis-à-vis des problématiques de l’environnement.

Intervention prononcée le 23 septembre 2014 par S.E.R. le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat, au cours du sommet 2014 de l’ONU sur le climat

Monsieur le secrétaire général,

Je suis heureux de transmettre les salutations cordiales de Sa Sainteté le Pape François à tous les participants à cet important sommet qui réunit des hauts représentants des autorités gouvernementales et civiles, ainsi que des responsables du secteur privé et de la société civile, afin d’identifier des initiatives importantes qui pourront répondre au phénomène préoccupant du changement climatique. On sait bien que le changement climatique soulève des questions non seulement scientifiques, environnementales et socio-économiques, mais également et surtout éthiques et morales, parce qu’il affecte tout le monde, en particulier les plus pauvres d’entre nous, qui sont les plus exposés à ses effets.
Pour cette raison, le Saint-Siège a souvent souligné qu’il existe un impératif moral à agir, car nous avons tous la responsabilité de protéger et de valoriser la création, pour le bien de notre génération et de celles à venir.
Le Pape François, dès le début de son pontificat, a souligné l’importance de « la sauvegarde de notre environnement, que trop souvent nous n’utilisons pas pour le bien, mais que nous exploitons avec avidité au détriment l’un de l’autre » (Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 22 mars 2013).
Il existe un consensus scientifique désormais assez établi sur le fait que, depuis la deuxième moitié du siècle dernier, le réchauffement du système climatique est indubitable. Il s’agit d’un problème très sérieux qui, comme je l’ai dit, a de graves conséquences pour les couches les plus vulnérables de la société et, évidemment, pour les générations futures.
De plus, de nombreuses études scientifiques ont souligné que l’inaction humaine face à ce problème engendre de graves risques et des coûts socio-économiques. Cela est dû au fait que sa cause principale semble être l’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à cause de l’activité humaine. Face à ces risques et ces coûts doit prévaloir la prudence, qui exige des débats réfléchis, fondés sur une analyse précise de l’impact que nos actions auront sur l’avenir. Cela exige un profond engagement politique et économique de la part de la communauté internationale, auquel le Saint-Siège désire apporter sa contribution, conscient que « le don de la science nous aide à ne pas tomber dans certains comportements excessifs ou erronés. Le premier est constitué par le risque de nous considérer comme les propriétaires de la création. La création n’est pas une propriété, que nous pouvons dominer à notre guise ; ni la propriété de quelques-uns, d’une poignée de personnes : la création est un don, c’est un don merveilleux que Dieu nous a fait, afin que nous en prenions soin et que nous l’utilisions au profit de tous, toujours avec un grand respect et gratitude (Pape François, Audience générale, 21 mai 2014).

Monsieur le secrétaire général,

Le long débat sur le changement climatique, qui a donné lieu en 1992 à la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique et sa mise en place consécutive, montre combien la question est complexe. Depuis lors et jusqu’à ce jour, de nombreux changements ont eu lieu : la dynamique des relations internationales a créé des contextes géopolitiques nouveaux, tandis que les technologies scientifiques et de l’information sont devenues extrêmement sophistiquées.
Un élément primordial apparu au cours des plus de trente ans d’étude du phénomène du réchauffement climatique est la conscience accrue que toute la communauté internationale fait partie d’une unique famille humaine interdépendante. Les décisions et les comportements de l’un des membres de cette famille ont de profondes conséquences sur les autres ; il n’existe pas de frontières politiques, barrières ou murs derrière lesquels se cacher pour protéger un membre par rapport à l’autre contre les effets du réchauffement climatique.
Il n’y a pas de place pour la mondialisation de l’indifférence, l’économie de l’exclusion ou la culture du rebut si souvent dénoncées par le Pape François (cf. Exhortation apost. Evangelii gaudium, n. 52, 53, 59).
Dans les actions entreprises pour lutter contre le réchauffement climatique, nous avons trop souvent vu la prédominance d’intérêts particuliers ou de ce que l’on appelle les « free riders » (passagers clandestins) sur le bien commun ; trop souvent, nous avons observé une certaine suspicion ou un manque de confiance de la part des Etats, ainsi que de la part d’autres participants. Toutefois, si nous voulons être réellement efficaces, nous devons mettre en place une réponse collective fondée sur une culture de la solidarité, de la rencontre, et du dialogue, qui devrait être à la base des interactions normales au sein de chaque famille et qui exige la collaboration pleine, responsable et dévouée de tous, selon leurs propres possibilités et conditions.
A cet égard, il me semble opportun de rappeler un concept qui a également été développé au sein du forum des Nations unies, qui est celui de la responsabilité de protéger.
Les Etats ont une responsabilité commune de protéger le climat du monde à travers des mesures d’atténuation et d’adaptation, ainsi que le partage de technologies et de savoir-faire.
Mais par-dessus tout, ils ont une responsabilité commune de protéger notre planète et la famille humaine, en assurant que les générations présentes et futures ont la possibilité de vivre dans un environnement sûr et digne. Les bases technologiques et opérationnelles nécessaires pour faciliter cette responsabilité mutuelle sont déjà disponibles et à notre portée. Nous avons la capacité de mettre en place et de renforcer un véritable processus bénéfique qui irriguera, pour ainsi dire, à travers des activités d’atténuation et d’adaptation, un terrain d’innovation économique et technologique où il est possible de cultiver deux objectifs interdépendants : combattre la pauvreté et atténuer les effets du changement climatique.
Toutefois, les forces du marché, en particulier lorsqu’elles sont privées d’une orientation éthique adaptée, ne peuvent résoudre à elles seules les crises interdépendantes liées au réchauffement climatique, à la pauvreté et à l’exclusion. Le plus grand défi réside dans le domaine des valeurs humaines et de la dignité humaine ; des questions qui concernent la dignité humaine des personnes et des peuples ne peuvent être réduites à de simples problèmes techniques. Dans ce sens, le changement climatique devient une question de justice, de respect et d’équité, une question qui doit éveiller nos consciences.

Monsieur le secrétaire général,

Les motivations éthiques à la base de toute décision politique complexe doivent être claires. Par conséquent, il faut consolider à présent une révision profonde et clairvoyante des modèles de développement et de styles de vie, afin de corriger leurs nombreux dysfonctionnements et les déséquilibres (cf. Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate, n. 32). Cela est également nécessaire étant donné les nombreuses crises que la société actuelle traverse dans le domaine économique, financier, social, culturel et éthique.
Dans cette perspective un changement culturel authentique est nécessaire pour renforcer nos efforts de formation et d’éducation, en particulier en faveur des jeunes, en vue d’assumer un sens de responsabilité à l’égard de la création et d’un développement humain intégral de tous les peuples, présents et futurs.
Pour sa part, l’Etat de la Cité du Vatican, bien que petit, entreprend des efforts importants pour réduire sa consommation d’énergies fossiles, à travers des projets de diversification et d’efficacité énergétique. Toutefois, comme l’a souligné la délégation du Saint-Siège à la COP-19 de Varsovie : « Parler de la réduction des émissions n’a de sens que si nous sommes prêts à changer notre mode de vie et nos modèles actuels dominants de consommation et de production ». Le Saint-Siège attache une grande importance au besoin de promouvoir l’éducation à la responsabilité environnementale, qui cherche également à protéger les conditions morales d’une authentique écologie humaine. Nombreuses sont les institutions éducatives catholiques, ainsi que les conférences d’évêques, les diocèses, paroisses et ONG d’inspiration catholique engagés dans ce travail, dans la conviction que la dégradation de la nature est directement liée à la culture qui définit la coexistence humaine. Le respect de l’écologie de l’environnement est une condition, et est conditionnée par le respect de l’écologie humaine dans la société.
Affronter sérieusement le problème du réchauffement climatique exige non seulement de renforcer, approfondir et consolider le processus politique au niveau mondial, mais également d’intensifier notre engagement en vue d’un profond renouveau culturel et d’une redécouverte des valeurs fondamentales sur lesquelles il est possible d’édifier un meilleur avenir pour toute la famille humaine. Le Saint-Siège s’engage dans ce but, afin que, dans cette tâche, la communauté internationale puisse être guidée par les impératifs moraux à agir, inspirée par les principes de la solidarité et de la promotion du bien commun, dans la conscience que « la dignité de chaque personne humaine et le bien commun sont des questions qui devraient structurer toute la politique économique » (Exhortation apostolique
Evangelii gaudium, n. 203).

Merci .

Source : L’Osservatore Romano - numéro 40, jeudi 2 octobre 2014

Dernière modification : 10/10/2014

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