Exposition « chrétiens d’Orient 2000 ans d’histoire »

Discours de M. Emmanuel Macron, président de la République, à l’institut du monde arabe (Paris, 25/09/2017)

Monsieur le Président de la République,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Madame la Présidente de la Région,

Mesdames et Messieurs les Élus,

Votre Sainteté, Béatitude,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Merci, Cher Jack Lang, de nous accueillir ici, de nous avoir permis durant ces instants de partager avec vous, trop fugacement, un parcours à travers les géographies, les religions et les siècles.

En effet, nous avons la chance, avec Monsieur le Président de la République libanaise, d’inaugurer cette exposition qui retrace 2.000 ans d’histoire des chrétiens d’Orient. Les chrétiens d’Orient, qu’ils soient catholiques, préchalcédoniens ou orthodoxes, quels que soient leurs rites, leur implantation géographique, leur histoire ou leur doctrine, sont partie intégrante de l’histoire culturelle, religieuse du Moyen-Orient.

Le Liban, dont le président, le général Michel Aoun, nous fait l’honneur de sa présence parmi nous, est un bel exemple de cette diversité.

Ce pays si cher à la France - vous l’avez rappelé - compte en son sein douze communautés chrétiennes reconnues. Notre exposition du jour nous permet d’en découvrir toutes les richesses. Nous avons d’ailleurs, même en passant rapidement, pu nous arrêter devant quelques-unes d’entre elles, les Évangiles de Rabula et quelques autres qui nous ont permis de voyager parmi les manuscrits enluminés syriaques du 6ème siècle, jusqu’à des photos plus contemporaines, qui, je crois, retracent la vie de certaines ou certains parmi nous ce soir.

Je veux tout particulièrement remercier les deux commissaires de l’exposition, qui nous ont guidés au cours de cette soirée et qui ont surtout, avec toutes les difficultés que je ne mésestime pas, œouvré, avec l’aide de tous les donateurs - que vous avez cités - et de tous les partenaires, à rassembler ces trésors de l’Égypte à la Syrie, de la Jordanie à l’Irak.

La France entretient une longue histoire avec les chrétiens d’Orient, une très longue histoire. Nous avons, tout à l’heure, recroisé les prémices de celle-ci avec les capitulations et ce premier échange entre Soliman le Magnifique et François 1er.

Depuis, cette histoire ne s’est jamais arrêtée, comme ne s’est jamais arrêtée la présence des chrétiens en Orient qui ont fait partie, qui ont construit la diversité culturelle linguistique, historique de l’ensemble de ces terres.

Avec les juifs et les musulmans, les chrétiens d’Orient ont façonné la richesse culturelle du pourtour méditerranéen et la présence chrétienne reste ce témoignage inestimable de la coexistence de plusieurs religions en Orient.

Vous êtes, chacune et chacun, par votre foi, vos histoires singulières, votre action politique, votre engagement culturel, vos vies propres, ces ponts jetés entre tout ce qui aurait pu opposer ces pays, ces régions, ces langues et ces cultures. Vous êtes, au-delà des œœuvres que nous venons de parcourir, la trace vibrante qui résiste à l’imbécillité des hommes.

Vous êtes ce qui fait que devant une photo prise il y a un peu plus de 100 ans, un musulman peut dire « il s’agit d’un musulman », un chrétien nous dire, il y a quelques instants, « il s’agit d’un chrétien » et le Grand Rabbin, arrivé sur ces entrefaites et nous affirmer qu’il s’agit donc d’un juif.

C’est tout cela ce que représentent les chrétiens d’Orient dans une région où certains voudraient qu’elle ne leur soit pas destinée ou plus réservée.

En effet, venir ici avec le président Aoun, c’était vous dire combien cette richesse du monde arabe, cette richesse de l’Orient tout entière nous importe à l’un et à l’autre. Parce qu’elle est évidemment au cœur de l’Histoire et de la vie contemporaine libanaise. Mais elle est donc aussi au cœur de l’Histoire et de la vie contemporaine française et que la France, comme elle l’a fait à travers le temps, continuera à protéger les chrétiens en Orient. Elle le fera en montrant leur place, en redisant ce qui est justement leur rôle dans l’art, l’Histoire de cette région, mais en préservant leur place contemporaine.

Je veux ici vous dire combien je refuse les raccourcis qui parfois ont voulu dans cette région opposer deux camps. On a parfois voulu dire que défendre les chrétiens d’Orient, ce serait accepter toutes les compromissions. Non. Défendre les chrétiens d’Orient, ce n’est pas défendre Bachar al-Assad. Défendre les chrétiens d’Orient, c’est être à la hauteur de l’exigence historique qui est la nôtre et c’est justement ne laisser aucun opposant à ce dernier, pouvoir laisser les chrétiens en Orient se faire sacrifier, c’est ne laisser aucun projet politique, quel qu’il soit, effacer la trace des siècles, les œœuvres, la trace d’une foi, quand ce n’est pas la leur, la présence de celles et ceux qui défendent leur Dieu, quel qu’en soit le lieu, quelle qu’en soit l’empreinte.

C’est la mission de la France, au plus profond de son Histoire, c’est ce pont jeté en effet entre François 1er et nous aujourd’hui. C’est ce qui fait que la France a toujours porté un peu de cet universel, qui n’est pas un grand tout qui vise à nier les différences, mais cette exigence portée dans tous les continents, permettant à chacune et chacun de croire.

En Syrie, en Irak, toutes ces minorités religieuses, Yézidis, objet de persécutions massives de la part de terroristes, en Égypte où vivent 6 à 8 millions de coptes. Mais qui ont, les uns et les autres, été pris pour cibles des pires attentats, des pires exactions.

Partout où des minorités défendent leur foi et ce que cette foi représente, la France est à leurs côtés. Parce que nous croyons au pluralisme. Parce que ces traces de religion, quelles qu’elles soient, sont une part aussi de notre Histoire et de ce qui a fait la grandeur de notre pays.

Partout où on ampute, sur quelque continent que ce soit et en particulier en Orient, un peu de cette Histoire et de votre présence, on ampute une part de ce qui est la dignité de la présence française.

C’est pourquoi la France a agi au conseil de sécurité en mars dernier. Elle continuera à agir, aux côtés de quelques amis et le Liban en fait partie, comme nous sommes engagés pour défendre - je le dis ici, devant vous, Cher Jack Lang, votre engagement est précieux - les œœuvres d’art et les créations partout où elles sont menacées par le fondamentalisme le plus abject, par le terrorisme et cette volonté, en tuant les femmes et les hommes, de tuer ce qui les représente au-delà d’eux, l’Histoire qui les fait, la culture qui les porte.

C’est pourquoi nous continuerons à être engagés aussi à titre national, avec un Fonds de soutien pour les victimes de violences ethniques et religieuses, doté de 20 millions d’euros sur la période 2015-2018, avec le concours que nous continuerons à apporter en finançant plusieurs ONG particulièrement impliquées sur ce sujet.

Vous avez rappelé l’engagement à vos côtés, pour mener à bien cette exposition, des bénévoles, des familles, des associations, des représentants cultuels et culturels de l’Œœuvre d’Orient, dirigée par Pascal Gollnisch, mais aussi des administrations et des collectivités locales.

À travers votre exposition, nous voulons ici envoyer un message clair. Ce passé glorieux nous oblige. Ce passé glorieux presse l’exigence d’un présent qui est le nôtre. Nous avons parfois beaucoup failli, nous avons perdu des batailles et certains, en les gagnant, ont détruit une part de notre passé, je dis bien de notre passé.

Mais je veux dire aux chrétiens d’Orient que la France est à leurs côtés, que notre priorité sera bien non seulement la défense de leur Histoire, de cette trace que l’exposition d’aujourd’hui permet aujourd’hui, non pas de redorer, diraient certains, mais de défendre.

Mais je veux surtout que leur foi, leur engagement leur présence puisse se conjuguer à l’actuel complet et véritable. C’est ce à quoi nous allons œœuvrer durant les semaines et les mois qui viennent, en particulier avec notre partenaire libanais, c’est-à-dire la construction d’une solution politique durable et inclusive en Syrie, il y aura bien la place de toutes les minorités, la place de toutes les religions et en particulier la place des chrétiens d’Orient.

C’est ce passé qui nous oblige. Mais je voulais que vous soyez sûrs de l’engagement au présent, au-delà du bonhe

(Source : service de presse de la présidence de la République)

Dernière modification : 02/10/2017

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